Vers l'autonomie

par DDM Email

Au Sacré-Coeur, Ophelie, mal-voyante, poursuit sa marche vers l'autonomie
mercredi 15.10.2008, 05:06 - La Voix du Nord

| VIE DES ÉCOLES |
Il y a un peu plus d'un mois, Ophélie, 15 ans, déficiente visuelle de naissance, faisait sa rentrée de seconde au lycée du Sacré-Coeur à Tourcoing.

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Douze heures par semaine, Ophélie est encadrée par Nathalie, son auxiliaire de vie depuis 5 ans.

Une première pour l'établissement. Rencontre. PAR ÉMILIE SKRZYPCZAK

À part les verres fumés de ses lunettes qui cachent un regard trouble, rien ne pourrait laisser croire qu'Ophélie, élève de seconde au Sacré-Coeur de Tourcoing, est déficiente visuelle. Un mois après la rentrée, la jeune Roncquoise grimpe les escaliers de l'établissement avec une agilité qui n'a pas manqué de surprendre le personnel de l'établissement. « Une fois les lieux repérés, ça va tout seul », explique-t-elle. En cours, elle écoute attentivement et prend ses notes, comme tout le monde. Une aisance qui ferait presque oublier son handicap. Sauf qu'Ophélie s'assied rarement seule sur les bancs de l'école.

Nathalie Thellier, son auxiliaire de vie, l'accompagne dans certains cours au rythme de douze heures par semaine, pour lui dicter ce qu'il y a au tableau, ou lui décrire l'image d'un document. Après l'avoir suivie pendant cinq ans, elle constate une évolution scolaire flagrante. « Ophélie est plus attentive en cours, plus participative et aussi plus rapide dans sa prise de notes. D'ici l'année prochaine, elle devrait s'en sortir toute seule car le but est qu'elle n'ait plus besoin de moi », explique-t-elle.

Cette aisance, Ophélie l'a acquise très tôt, un peu malgré elle. « Après avoir arrêté le braille en 6e, j'ai travaillé sur un ordinateur qui est vite tombé en panne. J'ai donc dû faire comme les autres, et puis je me suis habituée », raconte-t-elle, avec une pointe de fierté. Depuis, elle a appris à se débrouiller seule. Tellement qu'elle craint que l'ordinateur, pourtant équipé d'un logiciel adapté commandé par l'établissement ne ralentisse sa course vers l'autonomie. Pourtant, les moyens mis en place par l'équipe pédagogique tendent largement à prouver le contraire. En français par exemple, une plate-forme met à disposition des élèves des textes numérisés étudiés en classe et pouvant être agrandis. Bientôt un stylo numérique lui permettra, grâce à un système de capteurs situés au-dessus du bloc papier, d'agrandir ses cours à 140 %. Un exemple du nouveau dispositif élaboré pour « répondre au mieux aux besoins d'Ophélie », souligne Élisabeth Pauchet, responsable du niveau des secondes (lire ci-dessous). D'ailleurs, c'est en français qu'elle s'en sort le mieux car « elle travaille et se défend bien », assure Mme De Maen, sa professeur principale.

Mais elle a beau préférer la langue de Molière à celle de Pythagore, c'est encore celle de Shakespeare qu'elle apprécie le plus. Ses nombreux voyages à l'étranger et, dernièrement, son séjour linguistique à Oxford, lui ont ouvert le coeur au monde, et un accès efficace vers l'autonomie. Plus tard, elle aimerait travailler dans les langues « pour aller partout et pouvoir parler ». Comme si les mots lui offraient ce que les yeux lui refusent.


« Nous avons aménagé une salle de classe pour elle au rez-de-chaussée. »
mercredi 15.10.2008, 05:06 - La Voix du Nord

C'est la première fois que vous accueillez une élève avec ce type de handicap, comment avez-vous préparé son arrivée ?

« Nous avons organisé deux réunions d'informations avant la rentrée. Ces rencontres avec des représentants de l'institut des jeunes aveugles (IJA) et l'enseignant référent d'Ophélie nous ont permis d'échanger une multiplicité d'informations. Cela a également permis de rassurer les professeurs. »

Quels dispositifs avez-vous dû mettre en place pour l'accueillir ?
« Il fallait qu'Ophélie puisse travailler dans un environnement calme. Nous avons donc aménagé une salle de classe pour elle au rez-de-chaussée où sont dispensés la majorité de ses cours. Et son casier a été installé à proximité. De même, son placement en classe a été pensé pour l'aider au mieux. »

Êtes-vous prêts à en accueillir d'autres ?

« Bien sûr. Nous accueillons déjà des élèves qui ont d'autres types de problèmes. Nous voulons rester ouverts à la différence et nous nous engageons dans cette voie. Nous nous équiperons petit à petit. »